vendredi 4 janvier 2019

Le Blaireau et la Fée


Un beau matin s'en vint d'un pays éloigné,
Un blaireau sans panache issu d'une campagne,
Où même les hivers si rudes des montagnes,
Ne sont rien en regard de ladite contrée,

Arrivant de ces causses où naquit la légende
D'un loup démesuré, qui fit trembler la France,
Inventé par l'Eglise pour mener l'ignorance,
Qui semble encor guider les gens de cette lande,

Et c'est près de la mer par le destin poussé,
Vers cette ville phare dans les eaux élevée,
Jadis berceau de l'art du poète chantant,
Les sabots d'une Hélène qu'on reprend en sifflant,

Que le blaireau sans gloire par l'oracle choisi,
Se vit sans bien comprendre un grand trésor confié,
La beauté d'une fée, dans un coffre doré,
Le mystère de l'amour, le joyaux d'une vie,

Mais blaireau insensé et bien peu cultivé,
Ne fut donc attiré que par les pierreries,
Qui ornaient cet écrin jusqu'à en oublier,
Qu'il tenait dans ses mains cette chance inouïe

De changer sa misère, en un grand avenir,
D'animal égaré, un prince devenir...
Est-ce par insouciance ou bien par cécité,
Que celui-ci ne vit qu'un reflet de la fée?

N'y prêtant attention qu'au gré de ses envies,
Offrant la négligence, quand il fallait aimer,
Et trop d'indifférence à sa grande beauté,
Tant, que la fée blessée en perdit sa magie,

Qu'elle se lova au creux de son cœur abimé,
Et qu'elle ne fut bientôt plus qu'une image d'elle,
L’animal intuitif, en fut interpellé,
Et voulut un peu tard, son trésor et sa belle,

En son pays mener, au cœur du Gévaudan,
Au fond d'une forêt, même oubliée du temps,
Est-ce pour les cacher ou comme prisonniers,
Qu'il enterra la fée et son trésor entier?

Mais le ciel indigné de s'être autant trompé,
Pour avoir pu donner au mouton inconscient,
La clef du grand bonheur, de la félicité,
Retira ce trésor au gardien déficient,

Le mouton sut alors à son grand désarroi,
Qu'il aurait de ses jours, dû bâtir un palais,
Où accueillir l'amour, et faire vivre la joie,
Et si leçon il y a dans cette histoire vraie;

C'est que pour beauté voir, ne suffisent les yeux,
Et que souvent le cœur à cela convient mieux.

Fin

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