mercredi 20 février 2019

Le Dindon et le Paon



D'un simple poulailler, je m'en vais vous parler,
Dans lequel un dindon, des poules et poulets,
Des canards et d'une oie, par eux tous admiré,
Pour ses plumes et son chant, comme un roi se sentait…

Tant, qu'il faisait la roue et fier il se tenait;
Et la foule, conquise, à son cri subjuguée
Par les glouglous royaux qu'à ses ouailles il lançait,
Que le pauvre animal, par la gent adulé,
Se prit à un tel jeu et son égo d'enfler.
Qu'à bien y regarder, suffisant il devint,
Et il pensa son cri la chanson du divin…
Privilège ce fut, de pouvoir l'écouter.

L'entière basse-cour, sieur dindon invoquait,
Quand il était matière à parler de beauté;
En référence aviaire, ainsi il s’imposait,
Pour ce qui est de l'art ou de la volupté.

Mais notre souverain, du vivre son déclin,
Quand il fut réveillé par un son anodin,
Sans conteste puissant, bien plus noble et plus fin,
Qui surprit tout ce monde en sonnant au matin.

Et tout le poulailler de s'en émerveiller,
Lorsqu' on vit, étonné, que d'oiseau il venait,
En couleur féerique, au plumage parfait,
Quand le paon déploya toute sa majesté.

Le dindon tenta bien d'éblouir mais en vain,
Par ses reflets de noir son fidèle auditoire
Préférant la couleur, à cette simple moire,
Qu'il n'eut que des regards suscitant le dédain.

Lui qui fut un miroir dans son immensité,
Des aspects si divers de toute la beauté,
Sans doute il oublia, quand Maître il se pensa,
Que l'orgueil est pour elle, un endroit trop étroit,
Qu'on ne détient jamais toutes les clefs de l'art,
Et que l'humilité prévalut au lascar.

Fin

(c) 2019 Gilles LesJaunes - Tous droits réservés et utilisation interdite sans autorisation préalable de l'auteur.