samedi 16 février 2019

Les Moutons et le Chien



Un berger sans noblesse quelque peu méprisant,
Eût charge de mener les moutons d'un troupeau,
Épaulé dans la tâche par un chien suffisant,
Qui, de meute canine, fut donc nommé prévôt,

Le berger sans vergogne, très malin délégua,
À son vil serviteur les pouvoirs et le droit,
D’emmener au labeur les gardiens pastoraux,
Tant qu'on vit ce chien-là enfler de son ego,

Et le fourbe animal se prendre pour un roi,
Guidé par son orgueil pour édicter ses lois,
Et mander à la meute de mieux mordre l'ovin,
Prétextant chaque fois les ordres du divin,

Pour se faire remarquer et percevoir un gain.
Il ordonna aux troupes une traque sans fin,
Terrible fut ce temps d’injustice rendue,
Poussant l’ignominie jusqu’à son absolu.

Mais la meute gardienne au travail rompue,
Vit bientôt l'intérêt de ce chien corrompu,
Qu'ils conclurent alors de ne plus obéir,
Le despote vénal plus jamais ne servir.

Le couard démasqué d'une rage fut pris,
Que gardiens et brebis alors il confondit,
Jusqu'à les traiter tous de peureux et galeux,
Tant qu'il les rendit même fragiles et fiévreux,

On vit alors des cas de moutons rebellés,
Garnison affaiblie et bientôt décimée,
Le troupeau dans l'alpage à lui-même livré,
Alors qu'il suffisait juste de le garder…

Si morale il y a, dans l'histoire contée,
Il conviendrait de croire, qu'un chef intéressé,
Capricieux de surcroit et cupide effréné,
Peut mener à la perte la meilleure des armées.

Fin

(c) 2019 Gilles LesJaunes - Tous droits réservés et utilisation interdite sans autorisation préalable de l'auteur.